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08/06/2013

Doc Caloweb et les photos...

Dans une digression entre jazzeries et blues du Delta, une histoire de photo est arrivée sur la table, entre le Jim Beam et un café amélioré façon brûlot du bayou (dans un café fort, on verse le cognac flambant dans lequel on a fait mariner les zestes d'une orange, d'un demi-citron, puis on ajoute 1/2 cuillère à café de canelle, et du sucre roux, on touille délicatement et on boit de même, c'est du hot-hot) sont venues quelques histoires de photos, celles de Jo Baker la superbe, et des d'autres plus ou moins en situation. Mais il y en avait une particulièrement savoureuse, ou scandaleuse. Avant, on a parlé de la guitare de Django, celle qu'on voit très souvent, et qu'il n'a pratiquement jamais utilisée.


Consultons notre expert, Duke Paddington.

django a fausse.jpgDepuis que les disques se sont décorés d'images attractives pour le chaland, on a vu quelques belles réalisations, et quelques remarquables horreurs et/ou erreurs. En voilà déjà une, sur le plan erreur, cette image est une escroquerie, belle photo de studio, mais à ma connaissance, à part un ou deux concerts aux USA, en 1946, (dont un enregistré, le 10/11/1946) Django n'a jamais joué ou enregistré en France avec ce genre de guitare, SA guitare, c'est la Maccaferri-Selmer, dont il a testé tous les modèles, pour se fixer sur le modèle « petite bouche », que voici, ici avec un micro Stimer.

 

Django selmer.jpgMais les maquettistes qui font les pochettes de CD ne sont pas plus éclairés que ceux qui faisaient les décorations des 45 t ou de 33t. Ça ne manque pas d' horreurs hors sujet, avec des totales méconnaissances du propos et du contenu de l'album, témoin ce 45t qui se voulait un hommage à « Notre ami Django », avec 4 titres dans la plus pure tradition du jazz manouche, joué avec des guitares Maccaferri-Selmer, et voilà le décor choisi par un maquettiste pour qui une guitare est forcément espagnole dans le fond et la forme. Une sorte de ruine provençale ou andalouse, c'est kif-kif, notre ami django.jpgpourtant le titre « Place de Broukère » c'est pas tellement méridional, mais la géographie, est-ce bien utile pour faire des illustrations sur des disques. Et « Minor Swing » ou « Djangologie » n'ont rien à voir avec les Gypsies Kings.

 Mais ces anecdotes ne sont que des bricoles anodines de béotiens à côté de ce qui suit. Dans les années 60-70, apparaît une superbe chanteuse américaine, Dionne Warwick … Voici son premier 45t publié en France 

 

Dionne Warwick  blanche.jpg

Belle fille n'est ce pas ? Chez Columbia un label prestigieux, pas des amateurs rigolos... Un détail vous gêne ? La robe courte ? Elle n'a même pas de chaussures ? C'est vrai, il y a un autre menu détail qui gêne, Dionne Warwick, c'est elle :

pano dionne.jpg

D'où la question, dans la chaîne qui a suivi l'édition de cette pochette « The empty place » maquettiste, directeurs, chefs de ceci ou cela, aucun ne savait que Dionne n'était pas châtain-roux ? Et un peu afro-américaine... Une troupe d'imbéciles, ou alors mettre une fille trop bronzée indélébile, ça dérangeait dans ces années obscures ?

 

Une dernière pour la route, qui est à l'origine de ce bavardage... Voyons la pochette :c'est pour toi.jpg

Cette pochette est un cas d'école, à part le titre qui correspond à l'esprit de la musique, on se demande ce qui a bien pu passer dans la tête du maquettiste pour mettre cette simili BB collée au mur... Mystère .. ou alors elle écoute le musicien qui serait de l'autre côté du mur ? Possible... mais le mieux est à venir, quand on lit les titres, il y en a 11... Bon. Mais quand on écoute l'album, il y a 13 plages. Etonnant non ? Et dans les deux titres qui ont disparu du générique il y a le premier, ce qui fait que pendant des années, de 1960 à 1995, on a donné des titres erronés aux airs qui figurent sur cet album. En fait, les deux titres disparus sont les premiers de chaque face.

crolla le long.jpgCet album « Henri Crolla et sa guitare" a été ré édité en 2002/2003 dans la belle collection Jazz in Paris, avec tous les titres remis à leur place, grâce aux recherches d'Alain Tercinet, on trouve les musiques de cet album dans « Le long des rues » double album qui regroupe les 3 vinyles « Le long des rues » « C'est pour toi que je joue » et « Bonsoir chérie » avec quelques bonus inédits des musiques pour le cinéma. Moments de studio rares et émouvants.

 

Dernier point à souligner, quand on écoute le vinyle, il est évident pour un observateur un peu mélomane que le premier titre, une sorte d'air classique romantique, ne peut être « Porte de Choisy » qui est à l'évidence le deuxième, un blues lent mélancolique, qui renvoie à l'enfance de Crolla dans la zone de la porte de Choisy. Ce que Colette Crolla a confirmé, le premier, on l'appelait « l'air de Simone » (Signoret) c'est « Ô guitare » une mélodie dans le style musique de chambre des marquises en crinoline, enfin quelque chose comme ça, rien à voir avec les musiques voyoutes du Balajo, ou des guinguettes de Nogent.

C'est dans ces guinguettes que "Rico" Crolla jouait à 12/13 ans avec le "Jazz Crolla" un petit combo familial, peut-être qu'il jouait sur son banjo ces quelques notes souriantes qui ressemblent tellement à Henri Crolla (Ici avec sa guitare, la Selmer-Maccaferri 453, que voici en personne...)

 

henri crolla,dionne warwick

 http://www.youtube.com/watch?v=ewBh3XachbI (Je cherche après Titine)

 

 

 

 

 

17:27 Publié dans Blog, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (1) | Tags : henri crolla, dionne warwick, django reinhardt, selmer-maccaferri | | |  Facebook |  Imprimer | | | |

10/05/2013

Jours Ferré, au bonheur des interprètes

annick c.jpgLéo Ferré a sans doute été l’auteur dont la veine et la verve créatrices ne se sont jamais atténuées avec le temps, et sa longévité lui a permis d’exprimer toute la gamme des sentiments humains dans tous les registres de la musique et du texte.

 Catherine Sauvage « je suis plutôt une comédienne qui chante qu’une chanteuse proprement dite, et Léo pour moi, c’était terriblement chatoyant: il y a des tas de couleurs différentes, des choses tendres, des choses violentes, des choses marrantes, et beaucoup au débit très rapide, ciselées, précises, et moi j’ai toujours été à l’aise dans les textes rapides, musclés, incisifs et surtout au second degré. Une chanson avec des mots abstraits je déteste ça. Mac Orlan disait «une bonne chanson est une chanson que je peux peindre» je suis tout-à-fait d’accord avec lui. Chez Léo, le thème peut bien être abstrait, les images elles, sont toujours très concrètes.»

Aujourd’hui, Annick Cisaruk, une des invitées permanentes des Jours Ferré peut reprendre mot pour mot ce que disait Catherine Sauvage. Avec David Venitucci, elle passe les chansons à travers le prisme re-créateur qui les réinvente dans l’air du temps d’aujourd’hui. Comme la plupart des artistes invités par Edito et Mistiroux, gens de scène et de spectacle qui font vivre à plein coeur les symphonies de mots, les jaillissements incandescents et mystiques, résolument enragés de vivre d’un poète et d’un musicien unique. Ferré est un des très rares, peut-être le seul, à avoir développé deux natures entières, celle du poète et celle du musicien. Ce qu’on a pu vérifier au cours de ces dernières années, avec un jour Ferré il y a 3 ou 4 ans, avec Annick Roux faisant les liaisons textuelles, puis l’année suivante Léo Nissim en liaisons musicales, à chaque fois, on entend des textes et des musiques qui tiennent debout seuls. Cette année 2013, les deux jours ont marié les deux natures, un jour avec des intermèdes musicaux, le second avec Pierre Margot pour «les lettres non postées».

Dans cette biographie en chansons, nous avons revécu le Ferré des cabarets, avec l’étang chimérique et le bateau espagnol  par Jacques Bertin, Ferré des années 60,  C’est extra, Ferré des grands monologues lyriques, mais avec musique, comme La mémoire et la mer  ce monument gigantesque. Et Ferré des 400 coups de gueule et de révolte, l’homme debout, sans dieu ni maître, mais des maîtresses, la liberté, la fraternité, l’égalité et la flamme jamais éteinte de ce vieux rêve têtu, l’utopie est un chemin inexploré.

 Deux jours qui ont permis toutes les aventures scéniques aux artistes complets invités, pour la plupart chanteurs, auteurs, comédiens. Et il faut souligner que tous prennent soin de préparer leur passage avec beaucoup d'attention  pour n’avoir pas besoin d’aide mémoireavec des chansons qu’ils interprètent parfois pour la première fois.

Pour le générique, voir les premiers billets.  Ici,  et là.

Pour l’avenir, nul doute que le succès de ces deux jours encouragera les organisateurs à prolonger les rendez-vous dans les années qui viennent. Si on croit connaître son Ferré sur le bout de l’oreille, jetons un coup d’oeil sur l’intégrale Ferré, environ 50 CD, c’est-à-dire 3 ou 4 fois plus que ses pairs. De quoi donner des airs à à découvrir aux nouveaux invités potentiels à la fête… et non à Louis Ville, avec son formidable  Y en a marre , non, y en a pas marre…  à l’an prochain peut-être Louis?

Image de prévisualisation YouTube

Les jours Ferré, c’est fini pour cette année, mais Annick Cisaruk et David Venitucci dans leur  spectacle Ferré, L’âge d’or, ça continue tous les lundis au Connétable, jusqu’à fin Juin, et comme dit Léo, quand c’est fini n-i ni ni, ça recommence…  Il faut  réserver, là.

 Merci à Chorus N¨8, été 1994 et à Michel Trihoreau pour les pages sur Catherine Sauvage qui ont présidé à ce salut aux interprètes.

Photo Annick Cisaruk   ©NGabriel2013

15:34 Publié dans Blog | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (0) | | |  Facebook |  Imprimer | | | |

09/03/2013

Jean Ferrat, « le charme rebelle »

 

 

Ferrat le charme couv.jpg

 Depuis le 13 mars 2010, plusieurs livres nous ont raconté Ferrat, chacun apportant un regard particulier sur Jean des Encres et Jean des sources, le poète d'Antraigues sur Volane, l'humaniste battant jamais résigné qui ne capitule pas devant les disciples d'Anastasie.

 

Ce qui fait le charme de ce livre signé Raoul Bellaïche, c'est que le lecteur devient non plus un spectateur devant la scène, mais une sorte de compagnon de voyage qui partage un parcours commencé dans les scènes de cabarets, tout le monde le sait, mais qui est moins linéaire qu'on peut l'imaginer depuis son entrée marquante dans l'écran télé en 1961... (merci Denise Glaser) On le suit, on rencontre les copains, la famille, les camarades de scène, les amis pour la vie, et on se sent un peu de ceux-là. On croit tout connaître ou presque de Jean Ferrat, pourtant il y a encore des choses à affiner. Sur l'homme, sur l'artiste, sur son exigence, et son intransigeance dans le respect des droits moraux de l'artiste. Son dernier combat après plusieurs années de procédures judiciaires a été de faire adopter les dispositions qui donnent un droit de regard à l'auteur sur l'exploitation de son oeuvre. C'était en 2006. Eviter par exemple de voir apparaître dans une compil' « Nuit et brouillard » à côté de « Nazi rock » au motif que ces deux chansons auraient trait à une même période... .

Raoul Bellaïche est un expert méticuleux des histoires de chanson qui prend soin vérifier toutes les versions d'une anecdote. On découvrira le point de vue de Daniel Guichard sur « Mon vieux » et ça mérite attention. On voit aussi que les relations de Ferrat avec la télévision ont toujours été compliquées, y compris avec Chancel, et ne parlons pas de ce directeur qui a mis aussi Francis Lemarque au ban des écrans de la télé. Le seul à n'avoir pas eu trop de soucis sur ce plan est Drucker.

Ne faisons pas la liste de tout ce qui fait l'intérêt de ce livre, ce serait long, je retiens simplement ce les amis de.jpgsentiment d'être un témoin qui accompagne, plus qu'un lecteur distancié, et sans avoir bu un coup au bistrot de la place d'Antraigues, « Les amis de la montagne » on a dans la bouche le goût de cette horrible piquette qui faisait des centenaires à ne plus que savoir en faire.. »

C'est l'histoire, et la vie d'un chanteur, auteur, compositeur qui n'a jamais esquivé son état d'artiste embarqué dans le tourbillon des jours, pas comme un galérien asservi mais comme un marin qui choisit et tient son cap sans désemparer, résolu à traverser les intempéries vent debout s'il le faut.

Dans ta voix Galopaient des cavaliers Et les gitans étonnés
Levaient leurs yeux de bronze et d'or
Si ta voix se brisa Voilà bientôt trois ans...

Mais elle résonne toujours comme un tocsin, celui du chant des hommes.


Ce charme rebelle, c'est aussi un beau portrait de Christine Sèvres, intègre, fragile, passionnée, magnétique, interprète hors du temps, trop humaine peut-être ...


Jean Ferrat, « Le charme rebelle » par Raoul Bellaïche, Editions l'Archipel/


Pour la bande son,
http://www.jukebo.fr/jean-ferrat/clip,federico-garcia-lor...

 

 

 

 

 

 

 

03:18 Publié dans Blog, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (0) | Tags : ferrat, le charme rebelle, raoul bellaiche; | | |  Facebook |  Imprimer | | | |