Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/05/2015

Jean et Django, Sablon et Reinhardt

 

Django Sablon regards.jpg

Dans sa vie fantasque de manouche libre, Django a eu peu d'amis hors du milieu familial élargi. Des compagnons attachants comme Emmanuel Soudieux, une relation contrastée avec Grappelli, plus fondée sur l'estime et le respect que sur l'affection... Mais il y a eu Jean Sablon, un des ces amis fidèles sur qui on peut compter jour et nuit. Quand il est un peu perdu aux States, dans cet étrange nouveau monde auquel il ne comprend pas grand chose ; c'est à Jean Sablon qu'il téléphone une nuit, pour qu'il lui apporte une vraie guitare...

sablon crooner.jpgLeur amitié est née dans les années 33-34, Jean Sablon, crooner célébrissime découvre le duo Reinhardt Grappelli, et il voit tout de suite ce que peut apporter cette musique fine et ludique, pour faire un contrepoint aux big-bands cuivrés qui sont la règle quand un chanteur célèbre grave des disques, des 78 tours, un produit de luxe pour lequel les maisons de disques veulent assurer le meilleur sur le plan commercial. Quand on a Jean Sablon, The Voice avant Sinatra, on met le paquet. Et quand on a 3' ou 3'20 sur une face, on la remplit ras bord de Jean Sablon. C'est dire si les maîtres de maisons de disques sont surpris, voire horrifiés, quand Sablon leur amène un duo de musiciens à cordes, un peu connus dans le jazz, et par dessus le marché, Jean Sablon veut une plage musicale de 20 à 30 secondes de solo guitare... Est-ce Dieu possible d'avoir à supporter de ces caprices d'artistes aux idées saugrenues.

Mais … si Jean Sablon est un bon garçon, bien élevé, courtois, il a de la suite dans les idées, il a déjà imposé le micro en concert contre toutes les règles en usage, et ça a marché. Mais... Jean Sablon, c'est la super star du moment, et peut-on refuser quelque chose à une super star ? Voilà comment Sablon et Django vont enregistrer quelques merveilles, de ces moments de pur bonheur qui ensoleille les chansons. Il faut aussi rappeler que Django jouait dans les bals pour gagner sa vie, mais le jazz c'est surtout pour le plaisir, il découvre qu'on peut vraiment s'amuser, et être payé. Etre bien payé.. Pour faire la fête musicale avec un vrai pote, le rêve...

Django swing  2.jpgDans d'autres enregistrements, il sera moins convaincant parce que moins convaincu. Avec Jean on se marre, écoutez cette guitare malicieuse et narquoise dans cette bluette « Rendez-vous sous la pluie » où Sablon force le trait de l'amoureux un peu niais qui se fait berner par sa belle... L'instrument dialoque avec le chanteur, on voit l'oeil de Django qui pétille, et lui le taciturne qui s'exprime souvent en monosyllabes, c'est avec sa guitare qu'il joue le comparse moqueur, et c'est délicieux. Henri Crolla reprendra cette forme de dialogue guitare-voix avec Montand, ils ne sont pas nombreux à avoir excellé dans cette complicité totale d'hommes et de musiciens. Une des plus réussies, est à mon avis « Cette chanson est pour vous madame » , mais commençons avec ce rendez-vous sous la pluie, ensuite une ballade musicale si le coeur vous en dit, à travers les chansons.

studio 2.jpgAuparavant, un détail à préciser, pour enregistrer les 78 T dans ces années 193-40, un seul micro, tout le monde se met autour, plus ou moins près selon la puissance de l'instrument, une galette de cire chaude, et on grave en une fois; si on rate on recommence tout. Les musiciens et le chanteur sont ensemble. En groupe serré.

 

 

 Et maintenant, musique !

 

sous la pluie.jpg« Pourquoi m'avoir donné rendez-vous sous la pluie »

 

Ou la tragicomédie de l'amoureux trouvant un lapin au lieu de la belle espérée; et ça vous fait rire ?


 

(Si vous n'êtes pas passionné par les jeux musicaux entre Sablon et Django, allez poser une oreille sur Nane Cholet, en bas, c'est une belle découverte, par ses chansons.)

Reprenons, voici le meilleur de Django avec Sablon . (Les illustrations en images dans le clip sont montées par Heinz Becker·)

Toutes ces chansons ont été enregistrées entre 1933 et 1937, dans la joie et un bonheur collectif, après, c'est devenu plus pro, pas moins intéressant, mais différent.

 

 « Cette chanson est pour vous madame »

le plus bel exemple d'un accompagnement de haut niveau, complice, coloré, inventif, une vraie histoire d'amour.

avec Jean Sablon (vcl) Stéphane Grappelli (vln); D Reinhardt (g); Joseph Reinhardt (g); Louis Vola (b)  18 octobre 1935- Columbia, Paris


 

« Darling je vous aime beaucoup »

 

Jean Sablon (vcl) Stéphane Grappelli (vln) Alec Siniavine (p) Django Reinhardt (g) joseph.jpg Joseph Reinhardt (g); Louis Vola (b)  18 octobre 1935- Columbia, Paris

Sur la photo, le fidèle Joseph, excellent musicien, passionné de lutherie, et toujours aux côtés de Django.

Sur la vidéo qui précède et celle-ci, vers la 10 ème seconde, il y a une photo du Quintette, avec Emmanuel Soudieux à la contrebasse, on trouve très peu de photos de Soudieux sur le web


 

 

Les deux chansons suivantes sont avec le même ensemble, duo piano guitare. avec Jungo Reinhardt, orthographe d'époque comme on avait eu Jean-Got Renard en 1928.

« Un baiser »

Jean Sablon (vcl) - acc. by Garland Wilson (p);"Jungo" Reinhardt (g) - Paris, 11 janvler 1935 - Columbia

 

 

« The continental »

Jean Sablon (vcl) Garland Wilson (p) Django Reinhardt (g) 11 janvler 1935 - Columbia, Paris


 

« La dernière bergère »

 

Jean Sablon (vcl) Alec Siniavine (p); Django Reinhardt (g) 7 janvier 1935- Columbia, Paris

 

 

« Par correspondance »

 

Jean Sablon André Ekyan (cl); Alec Siniavine (p); Django Reinhardt (g)

19 avril 1934- Londres


 

 

germaiine sablon.jpgAutre exercice, Jean Sablon, avec sa soeur Germaine Sablon , dans cette série l'orchestre est plus fourni, la guitare plus discrète mais il y a quelques traits fulgurants.

 

 

« Un amour comme le nôtre »

 

Germaine et Jean Sablon (vcl)

André Ekyan (cl); Alec Siniavine (p); Django Reinhardt (g); Louis Vola (b or acc)  17 mai 1935 - Gramophone, Paris

 

 

« La petite île »

 

Germaine et Jean Sablon (vo) André Ekyan (cl); Alec Siniavine (p); Django Reinhardt (g); Louis Vola (b or acc) 17 mai 1935 - Gramophone, Paris


 

eliane  de creus.jpgJean Sablon duo avec Eliane de Creus

 

«Parce que je vous aime »

 

Eliane De Creus et  Jean Sablon avec  Michel Emer (p); Django Reinhardt (g); Max Elloy (dm)
14 mars 1933- Paris

 


 

« Je sais que vous êtes jolie »

  Accompagnsé par Alec Siniavine André Ekyan et Django Reinhardt

 

 

Germaine Sablon dans ses chansons en solo. (vo) - acc.par Michel Warlop et son Orchestre:  Roger Grasset (b); Alix Combelle (ts); Michel Warlop (ldr); Charles Lisée (bars); Maurice Chaillou (d); Marcel Dumont (tb); Michel Warlop (vln); André Ekyan (cl); Maurice Mouflard, Pierre Allier (tp); Alain Romans (p); Amédée Charles, André Ekyan (as);
Django Reinhardt (g)

13 novembre1934- Paris

 « Deux cigarettes dans l'ombre »


 

« Je voudrais vivre »

 Germaine Sablon (vcl) Michel Warlop et son Orchestre: id ci dessus. 13 novembre1934- Paris

 

 

« Tendresse waltz »

Germaine Sablon (vcl) Michel Warlop et son Orchestre, Pierre Allier, Maurice Moufflard, Nöel Chiboust (tp); Marcel Dumont, Isidore Bassard (tb); André Ekyan (cl & as); Amédée Charles (as); Alix Combelle (ts); Charles Lisee (bs gnd as); Stéphane Grappelli (p); Django Reinhardt (g);

 


 

« Celle qui est perdue »

Germaine Sablon (vcl) Michel Warlop et son Orchestre: Nöel Chiboust (tp); Marcel Dumont (tb); Isidore Bassard (tb); Charles Lisee (cl, as); André Ekyan (cl, as); Amédée Charles (as, ts); Alix Combelle (ts); Stéphane Grappelli (p); Django Reinhardt (g); Roger Toto Grasset (b); McGregor (dm); Michel Warlop (arrangment & leader)
26 février 1934 - Paris

 

 

« La chanson du large »

 même orchestre le 16 mars 1934

 

 

 

Et la surprise du jour, une chanteuse à redécouvrir, drôle, grave, comédienne et tragédienne qui a choisi un ensemble resserré, un trio au meilleur de sa forme.

Nane Cholet

Nane_Cholet.jpgAucune image identifiée sur la toile, mais les amateurs experts réagissent à la vitesse de la lumière, 2 mn après un SOS web, Serge Joseph et Catherine Cour ouvrent les pistes, merci.

Elle était la femme de Jean Tranchant, avec qui elle a chanté en duo, mais ses chansons avec le trio Django-Grappelli-Vola sont des chefs d'oeuvre. Chaque fois un vrai spectacle, et une belle partie de guitare, très beau son, très beau «  dialogue »

Elle n'a chanté que durant la période d'avant-guerre, puis sous l'Occupation, avant de se consacrer exclusivement à sa vie de famille.

 

 

«Quatre joyeux farceurs »

Stéphane Grappelli (vln); Emil Stern (p); Django Reinhardt (g); et Jean Tranchant (vcl)
2 Septembre 1935 - Paris

 

 

«Si j'avais été »

avec une jolie ambiance blues, et René Ronald (p); Django Reinhardt (g); Louis Vola (b) Mai  1935 - Paris

 


« Fièvre »

 Stéphane Grappelli (p); Django Reinhardt (g); Louis Vola (b)

 

 

 

« Ainsi soient-ils »

Stéphane Grappelli (vln ); Django Reinhardt (g); (g); Louis Vola (b) Emile Stern (p)
12 septembre 1935 Paris

 

 

 

 

Mais il peut y avoir aussi un exemple de rendez vous manqué, de manque de direction d'orchestre et manque de swing...

 

 yvonne louis.jpgYvonne Louis

 

« Au grand large »

 

Yvonne Louis avec,

Stephane Grappelli (vln); Michel Emer (p); Louis Vola (acc) Django Reinhardt (g) 12 mars 1936  - Paris

 

 

(NB : dans cette chanson où la guitare est très en retrait, voire sans conviction, on peut se rappeler que parfois Django se faisait remplacer par Joseph, tout aussi doué, mais peut-être moins charismatique, soit Django n'était pas convaincu par la chanteuse, peu swing, et il a fait le minimum syndical, soit il s'est fait remplacer par Joseph, qui a assuré ce minimum.. Quelles que soient les raisons, on est loin de l'inspiration et de la complicité avec Sablon. )

 

Django echoes of span.jpget pour finir avec Django solo, cette improvisation

 

« Echoes of Spain »

 quand la Selmer Maccaferri se fait andalouse...

On peut remarquer que le son de cette guitare acoustique n'a rien à voir avec de nouveaux émules de Django adeptes d'un jazz mitraillette aux sons ferraillants. Ici, on a le temps de voir les paysages, (comme disait Sarane Ferret)

 

 

 

et quelques Bonus Django, si vous en voulez un peu plus;

 - 1 - en trio avec Baro Ferret et Soudieux, prise de son impeccable  Paris, 30.06.1939

« I'll See You In My Dreams » -


 

 

- 2 - avec de très rares images où on voit Django jouer

 

"J'attendrai"  Swing 1939 live django reinhardt,jean sablon,nane cholet,germaine sablon

 

http://www.youtube.com/watch?v=aQVVD0b-wBg

(ce lien ne s'ouvrant pas automatiquement, faire copier-coller)

 

Ici avec la Selmer Maccaferi équipée d'un micro Stimer sur la rosace, vraisemblablement en 1948 ou 50. Et chez lui.

 

 

 Dernière heure, Août 2015, dans cette chanson un vrai dialogue voix guitare entre Django et Nane Cholet..   Belle découverte..


Norbert Gabriel

18:32 Publié dans Blog, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (2) | Tags : django reinhardt, jean sablon, nane cholet, germaine sablon | | |  Facebook |  Imprimer |

06/04/2015

Comment la chanson arriva dans la vie de Marie-Thérèse une troisième fois...

Dernier épisode, avant l'arrivée le 12 Avril de l'album "Intacte"  et du coffret, dont la souscription est bouclée, et de la fête à l'Européen, en Avril, ne te découvre pas d'un fil, mais reprend le fil de la belle histoire de Marie-Thérèse Orain, les 5 épisodes sont en ligne, suffit de remonter le courant. Et n'oubliez pas, de visiter,

le coffret,l'album, avec des inédits est ici:

http://caminoverde.com/spectacles/marie-therese-o......

 

Après ces années lyriques, en 1982, Christophe Bonzom la ramène à la chanson, dans d'autres cabarets qui renaissaient, Le Loup du Faubourg, le Café Ailleurs, chez Driss, avec son répertoire, les chansons bastringues... Dans la ligne de l'extravagante Marie Dubas ou de la malicieuse Odette Laure.

Vian.jpgMais outre ses activités de chanteuse, de comédienne, Marie-Thérèse Orain a oeuvré dans la création de spectacle autour de la chanson. Avec Eve Griliquez, une émérite femme de radio, naît un projet consacré à Boris Vian, pour France Culture en février 68. A partir de cette émission, émerge l'idée d'un spectacle. Un producteur-directeur de théâtre est séduit, et propose sa salle, pour l'horaire 18h30, et leur propose de commencer en Mai. En Mai 1968. Mais il n'a pas un sou pour financer la production . Eve Griliquez, sur le point de changer de logement, remet l'immobilier à plus tard, et la création se fait. Démarrage très clairsemé, peu de pub, mais un soir après plusieurs jours très maigres sur le plan public « Robert Kanters » est dans la salle ».... Robert Kanters, de l'Express est une des plumes critiques qui comptent, de celles qui peuvent faire un succès ou un échec, alors on s'est défoncés, et le lendemain, c'était plein. Les autres critiques sont tous venus, et la salle a été bourrée comme un canon tous les jours. Planchon aussi est venu, il ne restait plus une place, il a eu un tabouret des loges. Le spectacle est passé à 20H30 après qu'on l'ait rallongé d'une heure, et on a tourné deux ans avec ce spectacle prévu pour une seule soirée radio.

Il y avait tout Vian, les chansons, mais aussi des extraits de ses chroniques jazz pour la radio, quand il faisait des émissions en direct, arrivant sans avoir rien préparé, et ça partait en impro totale... En Octobre 1968, le Théâtre de la Gaîté-Montparnasse affichait :

 

En avant la zizique, spectacle musical de Eve Griliquez; texte de Boris Vian ; projections de Camillo Osorovitz; avec Marie-Thérèse Orain, Eve Griliquez, Michel Muller... Interprété aussi par Francis Lemaire, Jacques Degor, Robert Darame, France Olivia, Trio de jazz Michel Roques..

Quand Ursula Vian est venue, elle nous a dit ; « C'est la première fois que je retrouve Boris... »

Quelques années plus tard, Marie-Thérèse essaie de monter un spectacle sur Jacques Debronckart, mais trop seule, sans appuis, elle renonce. En revanche pour Gribouille sa frangine de coeur dont elle a gardé tout ce qui existe, édité ou pas, elle aboutit, avec une équipe de quatre comédiens, deux femmes deux hommes. Et une comédienne est chargée de la mise en scène, ce qui s'avérera catastrophique, par la présence quotidienne dans la salle de cette personne qui s'agitait et manifestait sa réprobation quand un comédien n'était pas exactement à la place indiquée, ou ratait un geste. Comportement qui gênait aussi les spectateurs. Dommage pour Gribouille, cette fulgurante passante qui a laissé une trace indélébile. Françoise Mallet-Joris l'a définie comme le désespoir sous sa forme la plus séduisante, le désespoir qui chante, elle est passée comme un étoile filante avant de s'éclipser à 26 ans. Rideau définitif.

Il y eut aussi Bernard Dimey, l'ogre blessé que Marie-Thérèse bassinait pour qu'il lui écrive des chansons... Ah je les ai oubliées dans la poche de mon manteau.... Quoi ? Mais tu ne portes jamais de manteau... ça se passait au Tire-Bouchon, peut-on imaginer un lieu plus approprié à Dimey ? Des soirées de rigolade, mais c'est là que Dimey après le spectacle, donnait ses grands textes, les formidables monologues, en fin de soirée, entre nous , et on finissait la nuit dans ce bistrot.

Edith-Piaf-portrait-noir-et-blanc-.jpgEt puis Edith Piaf,

En 1963, un dimanche après midi, Piaf était à l'Olympia, quelques mois avant sa mort, très fatiguée, en pantoufles, et au bout de 3 chansons c'était le miracle… J'en suis sortie hébétée, comme si je sortais d'une explosion une déflagration...

Ce sont de grands souvenirs, tous liés à la scène chanson, bien sûr il y a eu les très nombreux films, téléfilms, pièces de théâtre, qui parfois scintillent dans la mémoire, « La frisée aux lardons » ne restera pas dans le panthéon du cinéma, mais quelle belle rencontre avec Bernadette Lafont, cette dévoreuse de vie... Marie-Thérèse Orain était fascinée par les impressionnantes tartines que Bernadette engloutissait au petit déjeuner, elle mangeait avec la santé d'un routier...

C'est jouissif de te voir dévorer comme ça... Réponse, oui, c'est jouissif et je fais tout comme ça...

On était devenues de bonnes copines et on a bien rigolé...On retrouve régulièrement dans le parcours de Marie-Thérèse ces souvenirs liés au partage de l'amitié, un talent de plus dans l'art des rencontres. Et surtout avec les généreux, les excessifs, j'aime les artistes au moment où ils se laissent emporter, où arrive l'inattendu. Comme Brel, qu'est-ce que je l'ai aimé celui-là...

L'inattendu arrive parfois dans des circonstances particulières, comme cette journée chez Renault pour distraire une fois pas an les ouvrières de la chaîne... Qui dans un premier temps préfèrent s'attarder au buffet, puis quelques unes s'approchent de la scène, et en fin de journée, le bouche à oreille a fonctionné, la salle est pleine, et on vient embrasser la chanteuse, qui vient de casser les codes convenus des barrières sociales... à la grande surprise des responsables de l'opération.

Ce kaléidoscope de souvenirs mélange une kyrielle de coups d'éclats, qui furent souvent des coups de maître, pas de nostalgie passéïste, ces années brillantes, elles nourrissent celles d'aujourd'hui, et les spectacles de création, comme celui consacré à Barbara dans les années 2003-2007.

Dans le journal virtuel de la mémoire, passent aussi Mouloudji, Cora Vaucaire, et Michel Vaucaire, les années Sevran, La chance aux chansons, Colette Renard, puis c'est la rencontre avec Clémentine, qui l'invite dans son spectacle à l'Européen, au Théâtre de l'ïle St Louis, et qui devient l'éditrice du coffret panorama d'une carrière aux ricochets heureux.

 Dans cette vie d'artiste où les aiguillages font changer de cap parfois de façon totalement inattendue, au bilan, ces aiguillages furent autant de renaissances, et en filigrane, il y eut une ribambelle de ces rôles qu'on dit « petits rôles » et qui mettent souvent du sel et du rire dans les films, les pièces de théâtre, les téléfilms ou les séries télévisées. Mais on n'oublie jamais ses premières amours, la chanson, en art majeur, et dans les années quatre-vingt-dix, Marie-Thérèse Orain revient, « Intacte » dans les nouveaux cabarets : Le Loup du faubourg, Chez Driss, le caféAilleurs, Le Limonaire, Le Picardie, là où toute la jeune scène chanson entre dans la carrière. « J'assume, et je m'assomme », chanteuse, Je suis comédienne, J'suis heureuse, envers et contre tout.

Et en 2014-2015 c'est l'enregistrement d'un album, avec des inédits de Jacques Debronckart, des chansons toutes neuves, et cette rage de vivre, souriante, contagieuse et résolument accrochée aur cœur et au corps.

La belle vie d'artiste de Marie-Thérèse Orain, c'est la bande orchestre de 50 ans de scène, un kaléidoscope musical où chantent Patachou et Savary, Brassens et Offenbach, Breffort et Gribouille, Debronckart et Barbara, l'Échelle de Jacob et le Châtelet, Le Loup du Faubourg et l'Olympia avec étapes à Bobino… Le carnet de route de Marie-Thérèse Orain, c'est le guide du routard du spectacle vivant dans l'école buissonnière du show-biz, un chemin saltimbanque dans tous les sentiers de la création, à l'ombre souvent des grands sunlights, mais au bénéfice de belles rencontres humaines, artistiques, amicales, celles qui laissent des pages de bonheur dans l'album de souvenirs, et qui font oublier les parenthèses moins drôles. Au bilan de ce parcours, il reste cette précieuse, inestimable victoire, être résolument libre, parfaite illustration de la conclusion d'Henri Gougaud : « Ils n'ont pas volé aussi haut qu'ils l'auraient voulu, mais ils ont volé à l'air libre » quand il fait le bilan des années cabaret 50-60.

Au bout d'un entretien biographique, une question peut venir : et si c'était à refaire ? Je n'ai pas posé la question. Comme pour ceux qui ont vu Marie-Thérèse Orain ces derniers temps, la réponse est évidente, cette femme lumineuse n'a rien perdu de sa flamme adolescente, elle est toujours aussi vivace, « Intacte » !

« La chanson est, je crois, plus naturellement partagée. Elle est une activité de l’homme plus directement sensuelle, où la parole, le chant, le mouvement sont intimement liés. (…) Ni la cadette, ni l’aînée de la poésie, elle fait partie au même titre que la poésie, du trésor d’une langue. »   (Pierre Seghers)

Et dans les moments de doute, il y eut toujours une fée marraine pour envoyer un passant anonyme dire à la p'tite quelques mots :

«  Merci l'artiste, tu es utile, c'est le but supérieur de ce métier, tu es utile... »

MT Orain Forum 14 octobre AAA-003.JPG

20:20 Publié dans Blog, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (0) | Tags : marie-thérèse orain | | |  Facebook |  Imprimer |

28/03/2015

5- Les années lyriques,

 

Cinquième épisode, après avoir été la p'tite qui chante, apprentie star à la conquête de Paris, Marie-Thérèse Orain découvre d'autres aspects de la vie d'artiste au féminin chantant...  Voici les années lyriques...

 

et n'oubliez pas, un coffret, un album, avec des inédits est annoncé:

http://caminoverde.com/spectacles/marie-therese-o......

 

Et puis, un jour, on m'appelle : « Jean-Albert Cartier veut vous voir. »

 

Chatelet.jpgJean-Albert Cartier était le grand patron du Théâtre Musical de Paris (le Châtelet) avec une programmation variée où se mêlent opéras, opérettes, comédies musicales, ballets, concerts et récitals, un des lieux musicaux les plus vivants de la capitale. On y produit La Vie parisienne, La Veuve joyeuse, La Chauve-Souris et La Fille de Madame Angot. On accueille des spectacles prestigieux. Des opérettes à grand succès… Luis Mariano y triompha régulièrement. Jean Guidoni aussi quelques décennies plus tard.

 Et passer de la chanson-cabaret à l'art lyrique, c'est passer des salles avec une scène de 4 m2 à une scène de 24 mètres sur 35 et 2 000 places, c'est oublier les moyens techniques comme le micro, il faut une voix…

Quand j'ai eu un message sur mon répondeur au sujet d'un rendez-vous avec Monsieur Cartier, j'ai cru à une erreur. Je rappelle, et je tombe sur la même voix que celle du message et je demande si elle ne s'est pas trompée…

- Vous êtes bien Marie-Thérèse Orain ?
- Oui.
- Monsieur Cartier m'a demandé de prendre rendez-vous avec le plus tôt possible, demain ?
 

Le lendemain, je mets mon vison – c'était le syndrome du vison, aujourd'hui c'est plutôt Crylor – j'arrive et Monsieur Cartier me reçoit à bras ouverts : « Je suis très heureux, je ne vous connais pas, mais ces jours derniers quatre personnes différentes m'ont parlé de vous ! »

 Je n'ai eu qu'à pousser la porte pour signer le contrat, il m'a fait totalement confiance, immédiatement. Il est mon parrain dans le lyrique. J'en avais marre des salles cartons à chaussures, et là, j'ai eu des scènes fabuleuses, comme le Grand Théâtre de Genève, le plus grand plateau d'Europe… Il est arrivé avec la scène lyrique ce qui n'est pas arrivé dans la chanson. Le lyrique, c'est un milieu très organisé, tous les directeurs se connaissent, ils m'ont donné de beaux rôles, de confiance, ce qui ne s'était jamais produit dans le théâtre où il faut refaire ses preuves chaque fois. Je suis arrivée par accident, un accident très heureux…

 Dans les cabarets, j'ai eu du boulot tout de suite, avec un répertoire à la portée de toutes les têtes, et avec l'étiquette Rive Gauche. Mais rien n'est jamais acquis.

 Ces accidents heureux, il faut aussi qu'ils arrivent au bon moment, ni dix minutes trop tôt, ni dix minutes trop tard.C'était pour Nono Nanette au Grand Théâtre de Nancy. Ensuite il y a eu Savary, pour La Veuve joyeuse au Châtelet. Il fallait cinq couples vedettes titulaires, et des rôles secondaires, des petits rôles. Mais ça ne s'est pas fait spontanément. Savary était venu me voir cinq fois, c'était pour un petit rôle, Pauline. Arias l'a gonflé pour me donner plus de place... sur tous ceux et celles qu'il avait vus, il en a retenu deux, et les a imposés : « Je veux Christian Asse et Marie-Thérèse Orain. » Car il y avait eu des objections de l'agent très réticent en ce qui me concernait: « Mais c'est un rôle qu'on donne à une choriste ! » - Savary : Cette femme me fait rire, je la veux !

 Ce spectacle a été diversement reçu, les mémés à frisettes étaient frustrées, pas assez de valses et de Vienne, et les modernes trouvaient que ça n'allait pas assez loin.

 

1995_Orain_Le Roi Pausole_Toulouse.JPGEnsuite, à Genève, Hugues Gall, futur directeur de l'Opéra Bastille, a été beaucoup plus audacieux... Il viré Arias, a gardé Savary. Hugues Gall, c'était un bon copain, mais il était souvent de mauvaise humeur. Dans ces cas-là, quand j'arrivais, les collègues m'envoyaient en mission : « Y a le patron qui fait la gueule, fais-le rigoler… »

C'était très différent du théâtre où c'est le plus souvent la famille des Atrides… J'ai été très heureuse dans le lyrique : plus on monte haut, plus c'est sympa. C'est comme les sportifs de haut niveau, il y a l'esprit de compétition, mais dans un bon esprit, et avec les stars, je n'étais pas une concurrente, les collègues étaient très gentilles, j'étais la bonne copine très appréciée.

 C'est aussi une discipline exigeante… le travail de la voix. J'ai eu un professeur de chant extraordinaire, expert pour sauver la voix, la faire, la bâtir, permettre d'être prête pour ces belles scènes et ces beaux rôles et les aborder avec cet enthousiasme que j'adorais voir chez Brel, Patachou, Colette Renard…Mes possibilités étaient trop limitées pour l'opéra, mais pour frimer, je pouvais quand même dire que j'étais dans du Mozart avec Prima la musica.

Ces vingt années heureuses sont autant de très belles pages dans le carnet de notes de la p'tite qui chantait au Café de Paris. Mais ce n'est pas fini …

Avant le 12 Avril, le dernier épisode avant la publication de son album "Intacte".

 

 

 

00:41 Publié dans Blog, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (2) | Tags : marie-thérèse orain | | |  Facebook |  Imprimer |