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30/03/2016

Montand et Wilson...

 

A priori, l'idée avait tout pour séduire, Lambert Wilson, comédien, pour faire revivre des chansons de Montand, c'est intéressant pour remettre en mémoire un des plus formidables homme de music hall de tous les temps. Parmi les stars de la chanson, on ne trouve pas beaucoup d'artistes ayant réuni une présence scénique magnétique, le sens du spectacle, un choix exigeant pour un répertoire d'une richesse inégalée, une renommée internationale qui l'a conduit à être le premier chanteur de variété à être invité au MET, le mythique Métropolitan Opera de New York.

 

tu vois.jpgMontand a eu la chance d'avoir, de son vivant, une biographie qui est un des modèles du genre, par l'exigence de ses auteurs, leur travail extrêmement fouillé, et recoupé, auprès de tous les témoins qui ont connu Montand, avec Montand lui-même qui leur a confié des documents précieux pour éclairer des points de détail, « Tu vois je n'ai rien oublié » a été publié en 1990, auteurs Hamon et Rotman, et rien n'a été oublié, tout a été vérifié.

Mais des plumitifs moins scrupuleux ont pioché dans les bruits qui ont couru, transformant un bout de phrase en vérité arrangée, c'est assez courant, pas forcément gravissime, mais ajoutés les uns aux autres, ça déforme vite l'image, et si les lecteurs ont l'esprit un peu malveillant, ça prend des proportions excessives.

 

Premier point, que Lambert Wilson commente, « la justesse de Montand, et le rythme »... Une réponse sur ces points, ce que dit Bob Castella, qui n'était pas très laxiste avec la musique :

Techniquement, il n'y avait pas de problème du justesse, Et pour le geste, côté scénique c'est uniquement lui, il n'a besoin de personne. Le seul défaut de Montand, c'était la mesure. Il n'avait pas eu le loisir d'étudier suffisamment le solfège. Et puis c'est un homme qui marche à l'instinct, à l'enthousiasme. Emporté par l'action, il ne se rendait pas compte qu'il manquait parfois un temps. (.) J'ai entrepris de le corriger..   page 256.

 

crolla harcourt 3.jpgHenri Crolla, lors de leur première rencontre pour présenter « La chanson des cireurs de souliers » devenue « les cireurs de souliers de Broadway » lui a dit la même chose, quand Montand a interprété la chanson en première audition, si on peut dire.. Toutefois, cette chanson dont Crolla est le compositeur est une musique très acrobatique et sinueuse, elle est plus faite pour un sax ondulant que pour une guitare sommaire. Et pour le texte de Prévert, on est loin du confortable octosyllabe ou du classique alexandrin. Tout comme Sanguine, c'est plus près du jazz de Charlie Parker que des chorus New Orleans vieux style.

 

Sur Montand, en annexe après la sortie très médiatisée de l'album Wilson, quelques fantaisies entendues à la radio, ou lues de ci de là..

  • - Syracuse , une chanson de Montand et Salvador.. (adieu Dimey)
  • - Sanguine, une chanson de Prévert et Bob Castella (Castella n'a jamais composé pour Prévert, Sanguine c'est Crolla)
  • zazou montand.jpgphoto-de-scene-2.jpg- Dans une fiction, on fait dire à Piaf, « J'ai tout changé chez Montand, sa tenue, son répertoire.. » Pour ce qui est de sa tenue de scène, Montand l'avait trouvée tout seul, avant de connaître Piaf. Depuis 1942 il avait chemise et pantalon marron, qui sont devenus sa tenue de scène définitive début 45 quand il a quitté la veste 'zazou', plusieurs mois avant de rencontrer Piaf. Sur ce point, elle n'a rien changé.
  • - La bicyclette (titre original de Barouh « à bicyclette » comme il l'annonce dans tous ses concerts) est interprétée par Wilson dans la version erronée que Montand a enregistrée, mais qu'il a corrigée ensuite dans tous ses concerts. Comment Lambert Wilson a pu rester sur la version erronée, d'autant que Barouh lui avait expliqué ?

  • - On entend ou lit souvent que Montand doit tout à Piaf, voilà donc ce qu'Edith a dit à Lydia Ferroni, la sœur aînée de Montand avec qui elle est toujours resté amie «  Ton frère tu sais Lydia, je lui ai seulement permis d'économiser 2 ou 3 ans »

  • - Une dernière pour la route, j'ai entendu Lambert Wilson évoquer Armand Mestral baryton d'opérette, bon, ça fait beaucoup cher Lambert mais si on a entendu Mestral une fois, on entend bien que c'est une basse, pas un baryton. Il a commencé comme chanteur lyrique d'opéra, puis a fait des cabarets chansons et de l'opérette.

 

Tout pourrait ressembler à un réquisitoire contre Lambert Wilson, ça veut simplement pointer la légèreté de pas mal de gens quand il est question de chanson, qu'ils abordent vraiment avec un sens du mineur dans tous les angles... Ce ne sont que des chansonnettes disait Brassens, c'est vrai, mais on peut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux, et essayer d'être honnêtement informé. Ou avoir l'honnêteté de reconnaître une erreur, un site spécialisé à qui on signale une erreur sur une chanson préfère supprimer la ligne que de corriger... Est-ce cela aimer la chanson ?

Dans un récent débat très vif sur Bruel et Barbara, qu'on aime ou pas Bruel, dans toutes les interviews entendues de ci de là, il y a au moins un point positif, le chanteur connait vraiment son sujet, ce qui semble ne pas être le cas de quelques admirateurs de Montand/Wilson.

 

Comme tout finit par des chansons, voici donc Sanguine, l'original, sur un texte de Jacques Prévert, mis en musique par Henri Crolla.


 Norbert Gabriel

 

17:05 Publié dans chanson, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (2) | | |  Facebook |  Imprimer |

Commentaires

Fred Hidalgo, "Si ça vous chante.."

Excellent "papier" qui pointe l'un des problèmes récurrents auxquels la chanson est confrontée depuis toujours (en tout cas depuis que je suis né !) : le manque de sérieux avec lequel on en parle dans les médias et ailleurs (parce que, même les artistes, hein... la preuve, encore) ; manque de sérieux qui traduit tout simplement le manque de considération général pour la chanson. Bravo, Norbert Gabriel, et je confirme : cet ouvrage d'Hamon et Rotman est bien LA bio de référence sur Montand.

Écrit par : Fred Hidalgo, | 30/03/2016

"Sanguine, une chanson de Jacques Prévert, sur une musique de ce formidable musicien guitariste qu'était Henri Crolla" Philippe Meyer . La prochaine fois je vous le chanterai du 2 avril 2016 .

Écrit par : Danièle Sala | 03/04/2016

Les commentaires sont fermés.