Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/04/2018

Henri Crolla

crolla savitry 4.jpgHenri Crolla est né en 1920 dans une famille de musiciens napolitains itinérants qui jouaient surtout en Allemagne, en Bavière dans des établissements réputés. La Première Guerre mondiale ramène la famille à Naples, et leur statut d’artistes dégringole vers l'état quasi-indigents. Avec la montée du fascisme, ils quittent l’Italie en 1922 pour la France. Grâce aux relais familiaux, ils s’installent Porte de Choisy, dans ce qu’on appelait « la zone », mi-bidonville mi-terrains vagues, avec des immigrants, avec les Gitans et les Manouches qui s’y arrêtent régulièrement. Parmi ces voisins manouches, la famille de Django Reinhardt où « Rico » est considéré comme un des enfants de la tribu par la mère de Django, « la belle Laurence ».

zone_aux_portes_de_Paris-3ac27.jpgEnrico, ou Rico, commence à jouer avec la mandoline de maman, Térésa, quand elle est au travail. Il a 3 ans, les parents survivent en jouant dans la rue, en vendant des oignons et de l'ail, ce qui ne plaît pas aux autres enfants. Ils veulent un vrai travail, salarié, en usine. Enrico est le seul à suivre la trace musicale d’Antonio et Térésa Crolla, amis de Nino Rota, mais en France, ce n’est plus la dolce vita de Bavière.. Néanmoins Antonio persévère, forme des petits ensembles (Jazz Crolla) encourage Enrico qui ne demande que ça. À 8 ans, il commence à mettre l’école entre parenthèses pour aller jouer du banjo aux terrasses des cafés riches, des brasseries en vogue, comme La Coupole : il figure sur un des piliers (Savin) où les peintres de Montparnasse ont immortalisé les personnalités de l'époque.

pilier Crolla 005 pilier AAA 06-06-2012 17-24-07 1632x3072.jpgÀ 13 ans, il joue dans la rue et rencontre Lou Bonin du Groupe Octobre. Il vient d’entrer naturellement dans l’univers de mots et d’images de Jacques Prévert, Pierre Prévert, Paul Grimault, et celui du théâtre d’action de Lou Bonin.

Paul Grimault et Jacques Prévert l'adoptent en amitié. Il vivra plusieurs années vers 1935-38 chez Grimault, où il découvre la guitare, le jazz… Chez Grimault, le peintre Émile Savitry amène quelques-uns de ses amis musiciens, les frères Ferret, et surtout Django et Joseph Reinhardt, dont la formation originale, le Quintette à cordes du Hot Club de France invente un jazz européen novateur. Là, « Riton » que Prévert baptise « Mille-pattes » pour son agilité de musicien, découvre toutes les possibilités du vrai jazz : l’improvisation, la création spontanée, la liberté.

Crolla 1938.jpgTrès vite il fait partie des musiciens invités dans les clubs de jazz huppés, comme le Schubert, où se produisent Coleman Hawkins, Benny Carter, Bill Coleman, Gus Viseur, avec qui il joue à La Boîte à sardines, un des premiers clubs de jazz. La Seconde Guerre mondiale interrompt son parcours : mobilisé en Italie, il déserte et revient en France. Durant les années 1940-45, c’est une alternance de travaux d’occasion et de concerts plus ou moins importants, il ne sera naturalisé français qu'en 1946. C'est en 1940-41 qu'il sympathise avec les jeunes comédiens qui sont au Café de Flore, où il joue devant la terrasse, et il devient copain avec Simone Kaminker, future Simone Signoret, une amitié jamais démentie.

En 1945, c'est un musicien de jazz en voie de consécration — Prix de l’Académie du jazz 1947 avec Léo Chauliac et Emmanuel Soudieux) — puis en 1947, il rencontre Yves Montand et devient l'ami de presque enfance, l'italien frangin, et  sa conscience musicale. En 1951 il est avec Boris Vian et Louis Bessières dans le cabaret La Fontaine des Quatre-SaisonsBarbara n'a pu obtenir qu'une place de plongeuse, la programmation étant bouclée pour l'année.

Henri-Crolla-Yves-Montan-400x341.jpgParcours music-hall jusqu’en 1957-58, avec la composition de 40 chansons, et quelques années intenses de tournées. Entre 47 et 53, Montand et le quintette jazzy créé avec Bob Castella vont parcourir tous les lieux de spectacles, casinos, clubs huppés, salles populaires, l'Étoile, ABC (music-hall)… Jusqu'au marathon de l'Étoile en 1953, six mois à guichets fermés consacré par le premier double-album 33-tours de cette nouvelle technique, le microsillon va rapidement remplacer les 78-tours.

En 1954, Montand fait une pause-cinéma, et Crolla compose, musiques de courts-métrages, documentaires, avec André Hodeir, association de deux personnalités complémentaires : l'autodidacte, et le musicien musicologue aux trois prix de Conservatoire. En 1947, Montand lui avait présenté une jeune journaliste : Colette Ravier. Coup de foudre. Et Crolla lui a rendu la politesse en 1949 en lui présentant une « copine du Flore » du temps où il faisait la manche, en 1942-43, Simone Signoret. Amitié qui ne se démentira jamais, c’est Signoret qui invente « Crollette ».

1954-55 : Le Club Saint Germain reprend ses activités. Crolla invite Stéphane Grappelli, Emmanuel Soudieux et Baptiste Mac Kac Reilles pour quelques soirées-jazz en quartette violon, guitare, batterie et contrebasse. Cet ensemble était l'idéal selon Emmanuel Soudieux, le contrebassiste préféré de Django (Soudieux fut le premier contrebassiste européen à jouer les 4 temps, la walking bass).

Henri Crolla grave ses premiers enregistrements-jazz chez Véga. Depuis 1950, avec André Hodeir, ils ont composé plus de 100 musiques pour des courts-métrages, des documentaires, et en 1954-55 ce sont les premières musiques pour longs-métrages, avec Gas-oil (Jean Gabin, Jeanne Moreau), puis Cette sacrée gamine, Une Parisienne, Voulez-vous danser avec moi ? avec Brigitte Bardot.

Son éclectisme et sa curiosité musicale le mènent à financer le premier disque d'un jeune auteur de musique sérielle, Jean Barraqué, reconnu depuis comme un des pionniers du genre. Crolla, bien que très éloigné de ce genre de musique, avait pressenti qu’il y avait une démarche créatrice, nouvelle, qui méritait attention.

Les années 1955-1958 sont très denses : jazz, cinéma, musiques populaires (trois albums 33-tours de guitare solo), tournée en URSS avec Montand, et en 56, premier essai de comédien avec Enrico, cuisinier, un film burlesque de Paul Grimault et Pierre Prévert.

Dans les disques qu'il enregistre pour Vega, il choisit des musiciens peu connus, mais remarquables, comme Maurice Meunier, et le tout jeune Martial Solal (qui signe parfois Lalos Bing) au côté des fidèles, Soudieux, Pierre Fouad, et des compagnons réunis pour un hommage à Django « de ses pairs » comme dit la maison de disques. C'est grâce à Crolla que Paul Paviot réussit à tourner le film sur cet hommage à Django en 58, où l'on retrouve entre autres Hubert Rostaing, Joseph Reinhardt, Stéphane Grappelli et Crolla.

Avec la famille Prévert-Grimault qu'il n'a jamais quittée (la « contre-bande » de Prévert), Crolla s'éloigne du métier de musicien-routier, le cinéma l'attire de plus en plus.

Dans la bande à Prévert, on a fait de cette forme d'expression un moyen privilégié, la chanson et le cinéma sont intimement liés. Avec Simone Signoret, Crolla a aidé Montand à construire un tour de chant qui va devenir un modèle, l'Étoile 53 reste aujourd'hui une vraie leçon de spectacle chanson totalement abouti.

Toujours à l'écoute, il passe en studio offrir quelques notes au premier disque de la jeune chanteuse ACI Nicole Louvier. Les activités cinéma deviennent primordiales, c'est pour cette raison qu'il n'est pas sur scène avec Montand lors des concerts de l'Étoile 58, mais il joue sur l'album. C’est Didier Duprat qui va assurer la succession à la guitare, et le groupe se renforce d’un trombone.

Au hasard des rencontres amicales, musicales, il a accompagné ponctuellement Germaine Montero, Mouloudji, qui fit ses premiers pas en scène chanson avec Crolla à la guitare, ou Édith Piaf dans Cri du cœur, et Yves Robert dans un direct radio… En 1954, Jacques Prévert enregistre Paroles avec la guitare de Crolla en contrechant improvisé. Puis ce sera la tournée en Russie avec Montand, 1956-57, moment très fort de la vie socio-politico-artistique de ces années de guerre froide.

En 1958, il emmène Georges Moustaki chez Édith Piaf, comme il avait emmené Montand chez Prévert à Saint-Paul-de-Vence.

En 1959,sur le tournage de Saint Tropez Blues, il rencontre un jeune comédien, Jacques Higelin, devient son mentor, et lui suggère d’essayer la chanson. Il lui a donné quelques leçons de guitare qui marquent le jeune homme pour la vie. Crolla a offert à Higelin pour ses 20 ans, une guitare, du luthier Antoine Di Mauro, dont Higelin fera faire une copie dans les années 1980, pour le Cirque d'Hiver.

Fin 1959, Crolla décroche le premier rôle (avec Higelin) du film d'Henri Fabiani Le bonheur est pour demain.( film tourné sur le chantier du paquebot France en 1960 entre juillet et Octobre.) Il meurt le 17 Octobre après une opération d'un cancer des poumons à la fin du tournage, à 40 ans.

Récompenses

• Grand Prix du Disque 1957 de l’Académie Charles-Cros.

Discographie disponible

  • Crolla & Co, Hommage à Django de ses compagnons (Jazz in Paris, Universal, 2001)
  • Begin the beguine (id, 2002)
  • Quand refleuriront les lilas blancs (id, 2002)
  • Dans le double CD Le Meilleur de Grappelli (EMI), huit titres enregistrés au Club Saint-Germain (1954)
  • The Jazz sides, Henri Crolla, coffret trois CD avec livret complet (réédition des trois premiers CD Jazz in Paris) sortie novembre 2010.

En 2007, dans la collection Jazz in Paris, on trouve dans le volume 5 Jazz&Cinéma les compositions d'Henri Crolla et André Hodeir pour le cinéma, entre 1950 et 1960. Toujours dans la collection Jazz in Paris, dans le volume 4 Jazz&Cinéma, les airs de « Touchez pas au grisbi » par le Trio Jean Wiéner-Jean Wetzel-Crolla.

Le 9 mars 2009, le double album Le Long des rues regroupe les titres de l'album du même nom, Grand Prix du disque 1957, avec les titres des albums Bonsoir chérie, C'est pour toi que je joue et plusieurs titres de disques 45 tours parus en 1959-60, certains en collaboration avec Marcel Mouloudji. Dans ce double album, on trouve les musiques de films, courts-métrages (Léon la Lune, Les deux plumes, etc.) toujours dans la collection Jazz in Paris, Hors série no 04.

Plusieurs compilations reprennent des titres d'Henri Crolla, dont Jazz à la gitane. Mais une des plus pointues dans le domaine guitare jazz est le double album réalisé par Alain Antonietto, expert de la saga reinhardtienne, et de ses disciples d'hier et d'aujourd'hui, Gipsy Jazz School chez Iris Music (avec trois morceaux joués par Crolla, et un extrait rarissime de la Messe composée par Django). En mars 2011, deux 45 tours de musiques de films avec Brigitte Bardot sont réédités avec les pochettes d'origine : « Une Parisienne » et « Voulez-vous danser avec moi ? ».

Filmographie

Compositeur

Cinéma

Télévision

Rôles et petits rôles

  • En 1952, il est aux côtés d'Yves Montand dans un film à sketches Souvenirs perdus où il joue son rôle de guitariste accompagnateur. En 1956, il est la vedette d'Enrico cuisinier, et en 1959, il est José, premier rôle avec Higelin, dans Le bonheur est pour demain
  • Outre ces quelques apparitions dans des films dont il a fait la musique, Nino Bizzari, cinéaste italien, lui a consacré un film en 2002, pour la Raï Uno Vie et mort d'un petit soleil3 tourné à Naples et Paris, avec les témoignages de Moustaki, Higelin, Colette Crolla, Patrick Saussois, Francis Lemarque, Martine Castella, Roger Boumandil…, long métrage d'une heure et demie, présenté au Festival de Locarno, et récompensé par un Premio Asolo Miglior Biografia d’Artista a Piccolo Sole - Vita e morte di Henri Crolla en 2006.
  • Henri Crolla apparaît aussi dans le court métrage de Paul Paviot, tourné en 1958, en hommage à Django Reinhardt.

Notes et références

  1. « Minor blues Reinhardt, Django » [archive], sur Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris (consulté le 23 janvier 2018)
  2. La Chanson française et francophone, Ed. Larousse, 1999, p. 192
  3. Large extrait de Vie et mort d'un petit soleil [archive] sur ninobizzarri.it

Voir aussi

Bibliographie

  • Hervé Hamon, Patrick Rotman, Tu vois je n'ai rien oublié
  • Hervé Hamon, Patrick Rotman, Montand par Montand
  • François Billard, Alain Antonietto, Django Reinhardt
  • Patrick Williams, Django
  • Marcel Duhamel, Raconte pas ta vie
  • Michel Giniès, Montand
  • Simone Signoret, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était
  • Mouloudji, Le Petit Invité
  • Henri Dubief, Histoire de la France contemporaine 1929-1938
  • Jean-Pierre Azéma, Histoire de la France contemporaine 1938-1944
  • Les Musiques de films dans le cinéma français
  • André Hodeir, Hommes et problèmes du jazz
  • André Francis, Jazz
  • Stéphane Grappelli, Un violon pour tout bagage

14:32 | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (0) | | |  Facebook |  Imprimer | | | |

17/12/2017

Histoire d'une chanson, dans les plaines du Far West, ou comment Montand était aussi en partie « auteur » dans la construction de son répertoire chanson...

Version initiale (Trouvée by internet, je ne garantis la totale authenticité..)

Tout le long du jour sur leurs beaux chevaux Ya oh !
Bingue bongue ! bingue bongue ! ils lancent des lassos
Ils font le tour dans le soleil chaud Ya oh !
Ils s'en vont toujours sans trêve ni repos
mais quand sont parqués les grands boeufs noirs
Ah comme il est bon de se revoir

Refrain :
Dans les plaines du Far-West quand viendra la nuit
Les cow-boy dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l'Arizona
C'est la fête aux accords d'un harmonica
Et leur chant, plein d'amour et de désir
Dans le vent porte au loin des souvenirs
Dans les plaines du Far-West quand viendra la nuit
Les cow-boy dans le bivouac sont réunis

Ils sont de New-York ou de Chicago Ya oh !

Bingue bongue ! bingue bongue ! ou du Colorado
Ils faut les voir le jour du rodéo Ya oh !
Par les cornes saisir le plus fort toro
Mais quand le jour tombe à l'horizon
Loin de la douceur d'une maison

Dans les plaines du Far-West quand viendra la nuit
Les cow-boy dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l'Arizona
C'est la fête aux accords d'un harmonica
Et leur chant, plein d'amour et de désir
Dans le vent porte au loin des souvenirs
Dans les plaines du Far-West quand viendra la nuit
Les cow-boy dans le bivouac sont réunis

Dans les plaines du Far-West quand viendra la nuit
Les cow-boy dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l'Arizona
C'est la fête aux accords d'un harmonica
Mais bientôt sous la lune aux rayons blancs
Dos à dos et fermant les yeuxd'enfants

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont endormis


Et maintenant voici comment Montand l'a chantée, dans ses derniers shows essayez de suivre avec la version première..

 


 

et la version sobre 1959, plus simple,


Et pour le premier enregistrement vers les années 46-47, très sensiblement différente de la version initiale c'est le moins qu'on puisse qu'on puisse dire..


Dans une petite discussion récente sur FB, le sujet des interprètes dans la chanson a amené Montand au centre du débat, indirectement avec une vidéo dans laquelle une intro parlée intriguait les participants. Montand avait gardé cette chanson emblématique dans ses spectacles, en faisant une sorte de sketch en presqu'autodérision dans les années 80.

Mais il est peut-être bon de revenir sur la genèse de cette chanson qui montre le formidable instinct de Montand dans son approche et ses choix.

1940-41. Il est un débutant marseillais qui se cherche entre Trenet Chevalier et Fernandel, son premier nom de scène Trechenel est un condensé de son premier répertoire puisé dans celui de ces trois vedettes. Ça démarre très vite , mais il comprend immédiatement qu'il lui faut des chansons à lui. Dans ces années 40, et depuis son adolescence il est fasciné par le cinéma américain et les westerns, et il veut une chanson western. Son premier manager l'envoie rencontrer un auteur et un compositeur marseillais, qui n'ont pas grand chose à lui offrir, mais Montand sait leur raconter son univers western, l'un des deux Charles Humel est aveugle, et n'a jamais vu de western, et pourtant ils lui font cette chanson cartoon qui sera son premier succès. (Prix du disque 47)

YVES_Montand 1.jpgC'est aussi dans ce contexte que Montand casse tous les codes vestimentaires en vigueur, il avait au début une sorte de tenue très fantaisie, en rapport avec son répertoire, mais à cause d'une interpellation moqueuse d'un titi marseillais il change tout, plus de veste à carreaux,  cravate, il garde la chemise et le pantalon sombre, marron, en quelque sorte l'équivalent de la petite robe noire de Piaf, qu'il ne connait pas encore. En quelques mois, le débutant a compris comment il va se faire un répertoire, et trouvé la tenue de scène qu'il gardera pour les grandes années music hall 45-60. Décisions personnelles sans aucun conseiller.

Edith Piaf lui fera passer quelques étapes avec la suggestion d'oublier le répertoire américain, et en facilitant le contact avec d'autres auteurs. Dont Prévert. Et la rencontre avec Prévert est aussi symptomatique de la vista de Montand en matière de chanson. Prévert va lui présenter une chanson qu'il pense faite pour lui « la chanson des cireurs de souliers » il avait demandé à Henri Crolla de fair une musique sur ce texte assez acrobatique, et Crolla a composé une musique jazzy tout aussi acrobatique, Montand découvre cette chanson avec enthousiasme, et bien que très impressionné par Prévert, il n'hésite pas à suggérer une modification de la fin de la chanson*, que Prévert accepte volontiers. Montand fera souvent des propositions, que les auteurs acceptent, car il a un sens inné de la chanson, et de son impact. Comme avec « Du soleil plein la tête » en modifiant l'ordre des strophes. Et parfois en suggérant quelque chose de totalement inattendu, Barbara dit sans musique, ou en demandant de faire une chanson du texte de Gébé... Parfois, il a eu besoin de s'appuyer sur les conseils de Simone, de Bobby, ou de Crolla (qui a insisté avec succès pour « Mon pote le gitan ») mais globalement ses choix étaient justes.

 

Montand jongle.jpgMontand a poussé très loin le soin de mettre en scène ses chansons, certaines demandaient un travail de mise au point d'une exigence extrême, des heures de travail pour le coup de cymbale dans « Battling Joe » des heures de travail pour les mouvements de danse, ou une jonglerie....

Le débat avait été initié par une observation sur Johnny Hallyday, interprète, pour arriver à Montand, et en conclusion, une réflexion récente de Johnny qui resitue très bien ce qu'ils ont été l'un et l'autre, comprend qui peut,

 Une chanson est une bonne chanson quand on ne se force pas à la chanter. Je me suis beaucoup forcé. 

 

Norbert Gabriel

 

 * La chanson des cireurs des souliers"  devient "Les cireurs de souliers de Broadway" et  la fin suggérée par Montand est très différente de l'originale. Cette chanson ayant été déposée dans la version Montand, on ne connait donc pas la fin avec la musique qui l'accompagnait, les archives de Crolla ayant disparu...

 

 

19:34 Publié dans Blog, chanson, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (3) | Tags : yves montand, johnny hallyday | | |  Facebook |  Imprimer | | | |

31/12/2016

Djazzeries, les notes de Duke Paddington, histoires de jazz

Dans les djazzeries et les conversations avec Doc Caloweb, un expert est parfois invité pour préciser ou compléter des moments plus ou moins importants dans l'histoire du jazz.

 

« Rhapsody in blue » par Duke Paddington,

 

 Ross Gorman.jpgEn ce temps-là, le jazz était encore une musique de dépravés des quartiers hot de la New Orleans, en 1924, un musicien qui compose une rhapsodie jazzy, c'était plus qu'inattendu …

Gershwin avait composé au piano une intro assez ardue, 17 notes, et le clarinettiste de l'orchestre Paul Whiteman, Ross Gorman avait du mal avec cette intro, et il proposé comme pour plaisanter un glissando sur ces 17 notes. Ça a beaucoup plu à Gershwin, il a réécrit la partition pour la fixer avec ce glissando qui est devenu un cauchemar pour pas mal de clarinettistes qui ont dû s'y coller.

C'est la version originale qu'il faut écouter, avec cette clarinette qui fait la rieuse, la taquine, et qui joue dans tous les sens du terme, sensuelle, drôle, narquoise, drue et tonique, une vraie fille de la New Orleans. Par la suite, il y a eu trop d'enregistrements très propres, très lissés, trop aseptisés, comme si la musique s'était endimanchée pour jouer dans des habits bien amidonnés, avec des grands orchestres classiques qui faisaient de la belle musique, de la musique bien rangée, ça manquait de jus d'alambic en quelque sorte. Ça manquait de sirop de la rue. N'empêche que cette Rhapsody in blue a drôlement secoué le monde de la musique. C'était une vraie américaine façon Hollywood, l'exemple du melting pot, composée par un fils d'immigrant juif, inspirée par le jazz, jouée par un Whiteman, rigolo non ? Manquait un peu de Hiawatha, mais en ce temps là, les premiers américains n'avaient pas trop les honneurs des gazettes.

Cette histoire de glissando improvisé montre ce qui sépare les musiciens classiques, les musiciens instruits, des musiciens de jazz : un clarinettiste « normal » se serait appliqué à reproduire les 17 notes de la partition, Ross Gorman, lui invente ce glissando, enfin quand je dis qu'il invente, c'est façon de parler, il l'invente pour cette partition, et c'est une sacrée belle idée. Au début, Gershwin avait composé cette rhapsodie pour deux pianos, l'orchestration pour Whiteman lui a donné un panorama beaucoup plus ample.

Ensemble P Whiteman.jpg

Le premier ensemble de Paul Whiteman était un quintette, mais ça a pas mal changé, et Gershwin a pris soin dès le début de prévoir des partitions pour toutes les formes orchestrales possibles. C'est ce qui donné à ses compositions une diffusion dans tous les milieux de la musique.

On peut considérer que Rhapsody in blue est la première oeuvre de musique américaine intégrant toutes les composantes de ce nouveau monde. Paul Whiteman avait été très intéressé par un concert de jazz-classique donné par une canadienne Eva Gauthier en 1923, et il avait repéré un jeune compositeur de talent, dont l'opéra Blue Monday avait été un échec, mais il lui a commandé un concerto, et la Rhapsodie est née ans une certaine urgence, orchestrée par Ferdé Grofé, un des artisans majeurs de cette création.

 Voici une version très proche du premier enregistrement, c'est probablement celui-là:


 

 Rhapsody in Blue fut créé durant l'après-midi du 12 février 1924 sous le titre  « An Experiment in Modern Music ». Le concert eut lieu au Aeolian Hall à New York. L'orchestre de Whiteman était augmenté d'une section de cordes, avec George Gershwin au piano. Gershwin improvisa les solos de piano. Comme il n'écrivit la partition de piano qu'après le concert, nous ne savons pas à quoi ressemblait la Rhapsody originale.

 

11:54 Publié dans Blog, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (1) | Tags : jazz, gershwin, rhapsody in blue | | |  Facebook |  Imprimer | | | |