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15/03/2016

Herbert Pagani « autour d'une sérénade malentendue...

 

Avertissement: la première publication de 2012 sur un site chanson a disparu suite à un "problème technique" non résolu. Il y avait eu un débat passionné, dont il ne reste pas de traces. Mais mes archives ont gardé l'original de l'article, le voilà.

 

megalopolis couv.jpgRécemment, une question sur les chansons éternelles, « nos » chansons éternelles a mis en tête de ma liste, sans hésitation « Sérénade » d'Herbert Pagani, chanson qui comme son nom ne l'indique pas n'a rien d'une bluette sirupeuse pour printemps énamouré. Extraits :

 Écoutez-moi

Laisser brûler vos cœurs comme des cierges

Vaut mieux crever d'amour que rester vierge

...

Voilà pourquoi

J'aboie toutes les nuits ma sérénade

J'envoie mes mots d'amour en escalade

Frapper à vos silences de ciment !

Et réveiller

Les citoyens peinards dans leurs tanières

Jusqu'à ce que s'allume une lumière

Oh, une seulement !

 

« Sérénade » (4'51')' 

Herbert Pagani a traversé le monde du spectacle comme une comète, quelques années flamboyantes qui ont laissé une trace indélébile dans la mémoire et le coeur de ceux qui l'ont croisé sur disque ou dans la vie. Une partie du public chanson-télé n'a retenu de Pagani que le tube réducteur, et déformant, « Chez nous » qui eût le privilège de passer en boucle après une série d'émissions « Midi magazine » sur la Une. Et qui a été repris par des radios. C'est aussi représentatif de Pagani que « La cane de Jeanne » pour Brassens, ce qui n'a rien d'infâmant, mais c'est assez loin de « Mourir pour des idées » et pour les idées de Pagani, le deuxième extrait résume tout, on peut le dédier aux dirigeants d'Israël de 2012, autant qu'à ceux de la Palestine, « Plaidoyer pour ma terre » (7 ') Grand Echiquier 1976, http://www.youtube.com/watch?v=i4meJle3rQw

 

Herbert Pagani, c'est un métissage juif-italien-français, qui maîtrise les 3 langues avec un amour profond de la langue française, et un atavisme italien sans concession pour cette Italie contrastée qu'il a bien dépeinte dans le Concerto d'Italie (9 ') une fresque picaresque très imagée :

http://www.dailymotion.com/video/xqcl9z_concerto-d-italie...

 

megalopolis news.jpgAprès ce Concerto d'Italie, son grand oeuvre, c'est « Mégalopolis » un roman musical, un film pour les oreilles (...), où se mêlent politique-fiction, amour, humour et révolte. Un double album qui s'est nourri des réflexions de sociologues et intellectuels divers, Jean Onimus, de Roberto Vacca, Jean-François Revel, Garaudy, Jean-Claude Barreau, avec un discours prophétique, écrit en 1972, et particulièrement savoureux quand on se souvient des discours sur l'Europe vers 1991-92.

Extrait Mégalopolis (7' 32'') le discours de Maxime Vanderlove http://www.youtube.com/watch?v=By8JGJCInCo

 

Avec cet ensemble de livres de fond, Pagani étaye ses convictions d'humaniste écolo, battant et combattant, sans jamais refuser le débat, il a été invité à la Fête de l'Huma, et fait applaudir « L'étoile d'or », et lors des discussions sur la question, « faut-il aller chanter à Orange ville FN? » il aurait répondu oui, sans hésiter. Peut-être pour chanter cet autre extrait de Mégalopolis, Ni Marx ni Jésus 6'06'' http://www.youtube.com/watch?v=s1LH0wTrozo&feature=re... genre de chanson que le show biznesse et les télés radios évitent comme la peste et le choléra.

Après le discours de Maxime Vanderlove, et quelques péripéties, voici Mégapocalypse, écrite, 1970-72, si vous avez 22 minutes, ça vous rappellera peut-être quelques évènements plus ou moins en rapport, la grande panne de New-York de 1977, avec émeutes et pillages, puis celle de l'Ouest français en 1978.. http://www.youtube.com/watch?v=tMeKLqCQlwA

« Nous avions tout prévu, l'accident la tempête, pour prévoir l'inconnu il faut être poète .. » dit Pagani, ce qui rejoint, ou paraphrase Aragon et Ferrat « le poète a raison qui voir plus haut que l'horizon, et le futur est son royaume... »

Dans ce roman musical-tragicomédie, un texte d'une puissance critique passionnée sur l'Eglise, toujours d'actualité, et qui curieusement a été escamoté dans la reprise de 1999, raison suffisante pour que je m'abstienne, à tort peut-être, Francis Lalanne parlait très bien d'Herbert Pagani et de l'aura qu'il dégageait. Mias j'ai quand même acheté l'album .. Donc voici, Le P.AP.E (8'55'')

http://www.youtube.com/watch?v=kjcgiSLNGdM&feature=re...

 Aragon a dit de Pagani : « on ne peut plus voir la chanson francaise sans le connaître » (les mots ne sont peut être pas exactement ceux là mais c'est l'idée) et Luc Plamondon a déclaré que sans Mégalopolis, il n'aurait pas osé mettre en chantier « Starmania »...

Comme les albums sont assez difficiles à trouver, voici d'autres extraits, il en manque un, Concerto pour Venise, Venise, sa passion amoureuse, qu'on ne trouve pas sur le web.

 

Et pourtant, elle est encor' si belle

Au piège de ses ondes

Ce radeau de marbre blanc

Sans arbres et sans enfant

Prophétise l'avenir du monde

 

L'étoile d'or 4'24''

http://www.dailymotion.com/video/x627bd_herbert-pagani-l-...

une chanson « sioniste » régulièrement applaudie dans les concerts organisés par le PCF, malgré les positions officielles sur le Moyen Orient ; étonnant, non ?

Messieurs les présidents 5'16'' (1972) ici en direct à Bobino

http://www.youtube.com/watch?v=cAIcE1QMH10&feature=re...

«Est-ce la mode rétro qui fait bander à droite les jeunes générations... ? » La question reste actuelle.

 

- Et quelques une des chansons, surtout françaises, qu'il a adaptées en italien avant de chanter ses propres textes.

 

Pagani /Brel « adieu l'Emile » Testamento All'Italiana (1965)

http://www.youtube.com/watch?v=t785SLXFzeg&feature=related

Plat pays « Mia Lombardia » 1965

http://www.youtube.com/watch?v=D7hsEdtlpaY&feature=related

« La mia porta » quand il chantait Gainsbourg, en 1966, dans une adaptation de « la chanson de Prévert »

http://www.youtube.com/watch?v=H590dGU5RqM

et une adaptation de «So far away From LA to Frisco » de Nicolas Peyrac « Da niente a niente »

http://www.youtube.com/watch?v=uLpwQpW2k0M

et dans une jolie mélodie traditionnelle yiddish.. « Dana-dana, ou Donna donna » ici en italien..

http://www.youtube.com/watch?v=-r_PyNJ6IdE

Grazie alla vita (italien) RAI avec orchestre (Gracias a la vida)

http://www.youtube.com/watch?v=MXJNbNjreWg&feature=related

Albergo del amore 3'32'' (quand Pagani chantait en Italie les chansons interdites, « Les amants d'un jour » http://www.youtube.com/watch?v=lvwOtgZMZxw&feature=re...

 

--- Reprise de Francis Lalanne « L'amitié » 1999 Collectif avec interview ( 6'47'') lors de la reprise de Mégalopolis, mais cette chanson n'est pas dans la version originale de Mégalopolis.

http://www.youtube.com/watch?v=JjNBII7aiZQ&feature=related

et une version italienne du show bizeness assez percutante et incisive « chanter rouge sur des mélodies roses ».. si vous ne comprenez pas l'italien, essayez de trouver un(e) italien(ne) ça vaut le détour. http://www.youtube.com/watch?v=nK6C6OaGFXY

 

--- Pour les chercheurs de pépites inconnues, un truc improbable BO de film Metti Un Tigre Nel Doppio Brodo (1968) http://www.youtube.com/watch?v=e05_bVkDYws

« Sérénade » avec un orchestre classique (en italien) et avec accordéon .. (en direct)

http://www.youtube.com/watch?v=lB55YGtgx_0

Oh nostalgia, (1972) jamais publié en France sur aucun album

http://www.youtube.com/watch?gl=CO&hl=es-419&v=OXhA6dIp9dw

Signor Caruso , une curiosité très comédia dell arte (avec Guy Marchand à la musique)

http://www.youtube.com/watch?v=hkZjOml3OFE

 

--- Pour des infos complémentaires, un article complet de Je Chante :

http://jechantemagazine.over-blog.com/article-herbert-pag...

et une interview à Montmartre en 1977 (6'10'') http://www.youtube.com/watch?v=YIAdAvJb7BI

avec la « sérénade » direct de Bobino (une séquence scénique qui rappelle assez l'expressionisme de Bécaud) et une conclusion en situation, « i gelati sono meggliori a casa nostra »...

 

Il y a d'autres choses à découvrir, suffit d'aller là http://www.youtube.com/results?search_query=herbert+pagan... et vous en avez plusieurs pages...

 

Sur le plan livres, un excellent « Poètes d'aujourd'hui », par André Bercoff, et une autre rareté, le roman autobiographique « Préhistoire d'amour » que Pagani élaborait depuis plusieurs années, en parallèle à ses activités de peintre er de sculpteur, un livre brut, et émouvant (Ramsey 2003), mais le mieux pour comprendre Herbert Pagani, c'est de l'écouter.

Il a laissé une oeuvre graphique importante, dont Bercoff explore les tenants et aboutissants dans « Poètes d'aujourd'hui », dessins, peintures, qui lui ont permis de vivre en faisant des craies sur les trottoirs, au temps des vaches maigres et des concertos de sucs gastriques avecViandox

Quand les albums vinyles permettaient ces illustrations, en plus de la pochette en couleurs, on trouvait à l'intérieur un dessin grand format, heureux temps ..

Ici le dessin pour le Concerto d'Italie. (La ville)

Et des lagunes de Venise, ou des plages de Bari, il a récolté des verreries fragments roulés, polis, ciselés par la mer pour en faire des objets d'art sauvage,

des bois flottés pour des sculptures fantastiques.

 

Dernier détail pittoresque, ses albums sont toujours arrangés avec des musiques somptueuses, Jean-Claude Vannier, Jean Claudric, Jean-Claude Petit, entre autres pour la France, mais Pagani était ignare en musique, et c'est en langage de peintre qu'il communiquait ses envies, « fais moi un accord orange », ou «  une mélodie rouge »... le tout avec les soins attentifs du grand Claude Dejacques, un des directeurs artistiques qui avait une vision de l'art plus que du commerce.

Son livre « Piégée la chanson ? » est un des livres à avoir... et il y a de jolies pages sur Pagani.

 

 

02:51 Publié dans Blog, chanson | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (0) | | |  Facebook |  Imprimer | | | |

25/01/2016

Histoire d'une chanson, J'm' appelle la lune...

Il y a quelques années, 2011 ou 2012, j'ai découvert une chanson de Ferré que je ne connaissais pas.

Annick Cisaruk interprétait « J'm' appelle la lune » lors des Jours Ferré. La surprise passée, vaguement vexé, je consulte mon intégrale Ferré, et rien. Léo Ferré n'a jamais enregistré cette chanson.

Deuxième étape : en 2014, Valérie Mischler est invitée aux Jours Ferré avec cette chanson un peu mystérieuse, les enregistrements sont rares, le premier semble être une version début des années 60 par Los Machucambos, une version que nous dirons exotique. Ensuite, on trouve la québécoise Renée Claude dans les années 90. Vient alors l'idée de faire l'histoire de cette chanson. Et autre surprise, lors des Jours Ferré, personne ne sait rien, ni les spécialistes confirmés, ni Marie Ferré.

pauline-julien-02.jpgRien dans les livres non plus. Un faisceau d'intuitions et quelques indices flous, des souvenirs vagues de livres sur les années cabaret 50-60 font apparaître Pauline Julien comme première interprète probable.

De ricochet en ricochet, Anne Sylvestre me renvoie à Jean-Paul Liégeois, qui admet l'hypothèse sous réserve de vérification. Arrive ensuite Céline Faucher dans la quête des sources. Et dans le second semestre 2015, Jean-Paul Liégeois trouve la preuve à l'INA, comme Céline Faucher la trouve aussi dans les archives de Pauline Julien, au Québec.

Reste la question, quand Ferré a écrit cette chanson très féminine, c'était les années « Madeleine » était-ce pour Pauline Julien, plus comédienne que chanteuse à cette époque ? La quête continue, mais Pauline reste l'hypothèse plausible, quand elle a commencé à chanter, il y avait pas mal de Ferré dans son répertoire.

 

Ici la version de Valérie Mischler, indirectement initiatrice de cette recherche. C'était aux Jours Ferré 2014, merci à Eric Chardin.


 

 Norbert Gabriel

 

 

14:38 Publié dans Blog, chanson, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (4) | Tags : j'm'appelle la lune, ferré, valérie mischler | | |  Facebook |  Imprimer | | | |

14/08/2015

L'enfance de l'art de Crolla

C'era una volta, Rico, un ragazzino napolitano...

Once upon a time, Rico, a kid of Napoli...

Il était une fois, Riton, un titi de la zone porte de Choisy... Riton, que Prévert rebaptisa Mille Pattes pour son agilité à faire jaillir des cascades de notes de son zone_aux_portes_de_Paris-3ac27.jpgbanjo-mandoline. En ce temps-là, début des années 30, Rico est un p'tit môme qui vit porte de Choisy, c'est la zone, terrain vague où cohabitent les baraques et les verdines manouches. Ce n'est pas un bidonville de miséreux sans travail, les baraques sont souvent des petites maisons en bois -genre abri de jardin 2015- habitations sommaires construites pas des ouvriers en mal de logement. On y est au sec, l'eau courante court à la fontaine publique voisine de 50 ou 100 mètres. Les parents de Rico, Térésa et Antonio Crolla sont musiciens, ils ont connu des tournées prospères en Allemagne et en Bavière, avant 1914, et les 4 premiers nés sont nés au hasard des tournées. Rico naît à Naples, retour obligé à cause de la guerre, et déclassement social, c'est quasiment la misère, et c'est le départ pour Paris. Le père de Térésa leur a préparé une « baraque » porte de Choisy. Là Rico fait l'école buissonnière avant l'heure, il est souvent chez des voisins, des voyageurs en verdine, les Reinhardt, dont le fils aîné commence à être un banjoïste reconnu. Lui, c'est avec les petits frère et sœurs qu'il joue. Et de temps en temps, Madeleine, sa sœur aînée, lui prête la mandoline de maman Térésa, il a 3 ou 4 ans...

 pilier Crolla 005 pilier AAA 06-06-2012 17-24-07 1632x3072.jpgVers 8 ans il a beaucoup plus envie de promenade que d'école, il rentre tranquille d'une journée 'a spasso' (en ballade.) au lieu d'aller en classe. Et vers 10/11 ans, il va jouer dans les rues, tous les airs populaires du répertoire, les chansons les plus en vogue, de préférence devant les cafés chics, comme La Coupole, où il a été immortalisé sur un pilier par un des peintres de Montparnasse.

Avec son banjo-mandoline et ses doigts 'Mille Pattes', il épate les passants et passez la monnaie. Un jour devant la Rhumerie Martiniquaise, il commence sa journée, deux consommateurs séduits par ce môme étonnant, lui donnent 'une grosse pièce' (dans les 50 €.) et la réponse fuse, « Mais m'sieur j'ai pas de monnaie ».... Lou Bonin "Tchimoukov" et Sylvain Itkine, du groupe Octobre viennent de tomber en amour pour Rico-Riton... Il a 13 ans, et ils l'emmènent chez Prévert et Grimault, lequel habite près de la porte d'Italie. Et c'est chez Paul Grimault qu'il aura une vraie chambre, Prévert son père adoptif vivant surtout à l'hôtel. Dans cette chambre, Paul Grimault l'enferme de temps en temps pour travailler sa guitare. Car on lui a chouré son banjo, et Grimault, amateur de jazz et guitariste lui donne une guitare. Riton devient Mille Pattes, il a souvent entendu Django, mais ne le connaît pas crolla harcourt 3.jpgencore personnellement... Quelques années plus tard, en 1938, Henri Crolla est devenu un des espoirs du jazz, qui joue régulièrement dans les clubs de la rue Delambre, avec Gus Viseur, et Coleman Hawkins, Bill Coleman ces jazzmen américains qui découvrent qu'en France un nègre n'est pas forcément un sous-homme.

Consécration pour Rico-Riton-Henri, on lui tire le portrait chez Harcourt, avec sa mythique Selmer-Maccaferri 453 qui ne le quittera jamais.

La guerre de 39-40 l'emmène dans quelques péripéties italo-burlesques, car il est encore italien et mobilisé à Naples. On peut résumer sa guerre en deux périodes, une de 2 mois, l'autre de 8 mois.

  • Arrivée au bureau d'incorporation avec une grande détermination: « Mon lieutenant, ne perdons pas de temps, donnez-moi un fusil, faites-moi la liste des gens à descendre et qu'on en finisse.. »

  • Le lieutenant, un napolitain très zen :  Qu'est-ce que vous faîtes dans la vie ?

  • Je suis guitariste...

  • Eco,va bene.. Vous allez me donner des cours de guitare...

 Deux mois de leçons, Crolla déserte, et remonte à pied du Sud de l'Italie pour revenir à Paris... la promenade dure 8 mois.. Mais ceci est une autre histoire...

crolla savitry 4.jpgElle continue à Paris, travailleur clandestin, musicien, frère de rue de Mouloudji, qu'il accompagne dans quelques cabarets, avec une chanson qui leur ressemble « Papillon de Norvège »... pour le côté papillon, pas pour la Norvège...

 

Quelques notes de jazz populaire , pour accompagner la ballade...


 On ne peut finir que Tenderly …


 

Liens http://resistancechanson.hautetfort.com/tag/henri+crolla

 

17:06 Publié dans chanson, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (7) | Tags : crolla, mouloudji, prévert | | |  Facebook |  Imprimer | | | |