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29/03/2012

Djazzeries la française langue, verte et slang...

 

Pourquoi et comment cet américain venu de Louisiane, parle-t-il un français aussi riche et aussi coloré ?

Autre question : Dans ses mémoires, le Doc s'est pas mal étendu sur les années 30, sur des musiciens comme Robert Johnson, or il prétendait avoir passé ces années en France. Un recoupement s'imposait pour faire la part des faits réels ou bien des narrations plus ou moins fantaisistes. Pour faire son show de conteur aux souvenirs très riches de détails pittoresques.

Duhamel et Prévert.jpg

On y est venus, à ces recoupements par le biais de Crolla, Prévert, et Marcel Duhamel.

Marcel Duhamel grâce à qui le Doc maîtrise aussi bien la langue de chez nous dans toutes ses nuances, rares chez un américain. A part Sim Coppans et Brian Thompson.

Duhamel, dont on reparlera, mais pour le moment, écoutons le Doc.

 

« Alors voilà, je ne suis jamais retourné aux States. Quand j'en ai eu l'envie, j'avais pas le fric, et quand j'ai eu le fric, j'avais plus envie. Parce que ce qu'on m'en disait n'avait rien de bandant. Comment j'ai su tout ce qui se passait au pays ? C'est simple, tous les musiciens qui débarquaient à Paris arrivaient direct chez moi... J' étais le mec qui connaissait tous les plans, pour se loger, pour bouffer, pour baiser, c'est comme ça que j'étais au courant de ce qui se passait là-bas... On me racontait.. Les nouvelles du pays, de la musique et le reste... Et ça me donnait pas tellement envie de faire la route vers l'Ouest. J'avais pris l'habitude de pisser à côté de n'importe qui, jeune ou vieux, blanc ou métèque, et retrouver les pissotières white only, ça m'aurait énervé. Sans parler de l'escalier de service à l'hôtel quand les musiciens blancs passent par l'entrée principale.

En 39, on est quelques uns à avoir senti le vent mauvais, surtout les musiciens juifs, là, je serais bien reparti aux States. C'est pour ça que je suis allé en Angleterre, depuis l'épisode Hylton, j'avais gardé quelques relations. Et on a fait une fiesta terrible quand on s'est retrouvés, et j'ai raté le bateau. Et puis j'avais perdu le billet. Voilà pourquoi je ne suis pas retourné aux States. C'est vrai que parfois j'avais la nostalgie du riz-haricots rouges de la Louisiane, je me suis consolé avec le cassoulet, la pasta acciuta de Madeleine Buisson, la soeur de Crolla et la potée des auvergnats de Paris. C'est sûr qu'à Londres sur ce plan, c'était moins la fête... et puis ça a été les bombardements, là j'ai regretté d'avoir raté le bateau … les caves de Londres, j'ai nettement préféré celles de St Germain des Prés, la musique y était plus à mon goût...

                                                                                 Ici, Chez Papa, rue St Benoit 

 Là une des caves que j'aimais bienchez papa jazz club.jpg

cave jazz.jpg

C'est marrant mais dans les années 30, tous les européens voulaient émigrer aux States, pour cueillir les dollars, comme si ça poussait dans les champs de coton, et nous les negros musicos on rêvait de venir en France pour pisser à côté d'un blanc sans se faire lyncher, et jouer dans des clubs chics qui n'étaient pas des bordels avec musique ... Ça s'est vite su, ce genre de truc, d'abord par les soldats qui étaient venus en 17, il y avait une compagnie nègre, mon frère y était, et il est resté, mais quand je dis resté, c'est resté sous terre... Il avait des idées qui lui auraient valu des ennuis, le brother s'il était rentré au States, genre liberté égalité et tout le fourbi. La liberté aux USA, c'était surtout la liberté pour les blancs de faire ce qu'ils voulaient, demande aux Indiens ce qu'ils en pensent... Nous il a fallu qu'on l'apprenne, puis qu'on la prenne... First, understand, then take ! tu piges ? et ça n'a pas été facile.. Alors tu penses bien qu'ici... Mais ça n'a pas toujours été facile, au début on faisait marrer les gens, ils avaient jamais vu de nègres dans notre genre, des qui parlaient la langue des dieux d'Amérique, pas les baragouins petit-nègre y a bon Banania de ceux d'Afrique comme qui dirait des singes doués d'une forme de parole, nous on était plutôt une catégorie à part, estampillée dollar, ça mérite un peu de respect, le dollar.. Finalement, c'est après 1945 que ça s'est dégradé, va savoir, le frenchie voulait bien avoir de la reconnaissance pour le tommy-boy de Georgie ou du Texas, mais pour l'oncle Tom, faut pas pousser trop loin.

miles greco.jpgC'est comme ça que Miles Davis s'est vu refuser une table dans un grand restaurant, oh on lui a pas dit ouste négro, dehors, mais sorry monsieur toutes les tables libres que vous voyez là sont réservées ... Miles, il croyait qu'en 1960 à Paris avec une vedette d'ici à son bras les portes s'ouvraient en grand... il m'aurait demandé, je lui aurais sous titré le film... Sur une scène, dans un club de jazz, ces messieurs dames nous frôlaient volontiers, ils buvaient un coup avec nous, mais dehors, dans la vraie vie, gardez vos distances les gueux, on ne se mélange pas avec n'importe qui... Salvador ne s'en est jamais remis de ça... Les beaux messieurs faisaient copain-copain le soir au Schubert, mais le lendemain sur les Champs, c'est comme s'il était devenu transparent, Henri, on ne le voyait plus... Voilà, c'est une part du rêve qui s'effiloche, et ça laisse des traces... Moi, ça ne me faisait ni chaud ni froid, j'ai eu des bons copains des vrais, dans toutes les catégories de gens, et c'est pas parce qu'un type est noir qu'il est forcément moins con qu'un blanc... Et réciproquement...  Disons plus prudent par expérience...

La bande à Prévert, Duhamel, c'est par Paul Grimault et Savitry que je les ai conus. Savitry, c'était le monsieur jazz de la la bande. C'est chez lui que Django et Joseph (Reinhardt) ont entendu ls premiers disques de Louis... C'est Emile (Savitry) qui m'a embarqué, un soir, au Bal Nègre... enfin il me semble que c'était au Bal Nègre … et quand j'ai rencontré Marcel, Duhamel, on a eu tout de suite les atomes accrochés. D'abord, il parlait très bien américain, et pas l'anglais dOxford, et il s'intéressait aux romans policiers, il les traduisait, alors tu penses si on a jaspiné argot et slang tous les deux … c'était de l'échange culturel bien arrosé, et bien corsé. Voilà pourquoi ses polars de la Série Noire sonnaient juste. Et il y avait aussi une de ses copines, Minnie, qui était bien branchée littérature américaine... Minnie Danzas... Qui a traduit tout Chester Himes

Il y avait aussi les mômes, Rico Crolla, et les Mouloudji, deux frangins marrants, mais je les voyais moins, la nuit ils dormaient, eux …

 H Crolla tournesol 1.jpg<---  Henri Crolla  (en 1952)

      les frères Mouloudji, --->mouloudji frères.jpg

                    (en 1935-37)

               Marcel et André

Il y avait du beau monde dans cette bande, des belles personnes comme on dit … J'ai bien aimé trainer avec eux, les Crolla, Mouloudji, Duhamel, les frères Prévert, Brassaï, moi je faisais de la figuration intelligente, tu vois, le second ou troisième rôle qui complète le décor... la touche de blues un peu exotique, je dis pas ça avec amertume, c'était mon tempérament, je faisais garniture autour du plat principal, ce qui est plutôt confortable globalement, t'es pas en première ligne, tu trouves toujours une bricole à faire... évidemment, faut pas rêver à une Rolls et un château en Espagne, ou en Provence, mais j'ai toujours aimé voyager léger... Pendant des années la bande à Prévert vagabondait d'hôtels en hôtels, de provisoire en occasionnel, ça me plaisait bien, même si j'avais une cambuse prêtée à vie, ça laissait un air de liberté toujours possible... Tu prends ton banjo, et go man... Même si tu sais que tu le feras pas, tu sais que c'est possible, et ça, c'est vital, comme pour les gypsies, les manouches, les gitans, c'est pas pour rien qu'ils se disent fils du vent.

 Propos recueillis par Norbert Gabriel

Tout s'explique finalement, et pour finir en musique, un petit voyage musical à St Germain des Prés, quand Crolla avait invité Grappelli au Club St Germain, en 1954, avec Soudieux et Mac-Kac Reilles, où « chaque soir on se retrouvait comme une petite famille heureuse » (Stéphane Grappelli dixit)

« Have you met miss Jones », et « Belleville » au Club St Germain

http://www.deezer.com/fr/music/stephane-grappelli-henri-c...

là c'est Crolla avec « Lalos Bing » Martial Solal, un de ses premiers enregistrement

http://www.youtube.com/watch?v=ti1dFnzWFCY&feature=BF...

et pour finir, cette délicieuse Titine, c'est tout Crolla et sa guitare, tendresse et malice rieuse..

http://www.youtube.com/watch?v=ewBh3XachbI&feature=au...

 

Henri Crolla et sa Selmer Maccaferri 453, et la petite famille (élargie) du Club St Germain,

de gauche à droite, Grappelli, Mario Meunier, Crolla, Soudieux, Paraboschi, et Michel Hausser, coupé en 2pano crolla club.jpg

 (sur la photo de groupe, le type devant, mais c'est le Doc !!! qui est la blonde ???)

01:36 Publié dans Blog, Musique | Lien permanent | Norbert Gabriel | Commentaires (1) | | |  Facebook |  Imprimer |

Commentaires

Ben voilà, j'ai plein de boulot, et je n'arrive pas à décrocher de ce voyage musical à Saint-Germain-des-Prés . C'est malin ! ...Mais qu'est ce que c'est bon ! merci pour ces douceurs matinales et à suivre encore et encore ...

Écrit par : Danièle | 29/03/2012

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